La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

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Le Klapperstein ou le sort des mauvaises langues à Rosheim.

Au Moyen-Âge, il valait mieux tenir sa langue ! Ceux, et surtout celles, qui s'aventuraient à raconter des calomnies ou qui caquetaient par médisance, se retrouvaient humiliés publiquement.
Le Klapperstein (de « klappern » caqueter et « stein » pierre), ou la pierre des mauvaises langues, était une punition utilisée principalement dans les pays de l'Est comme l'Allemagne, la Frise et en Scandinavie.
On retrouve trace d'une loi française, datant de la seconde moitié du XIIIème siècle, sanctionnant ces pratiques.



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             Le châtiment du Klapperstein . Source : Le Klapperstein à Mulhouse. Imagerie populaire. Par J. Manias et J. Kraemer,

              photographes et Charles Spindler, illustrateur.

              Éditions Charles Spindler, Obernai. Publication 1893-1894.


Connu pour avoir été longtemps employé à Mulhouse, il apparaît que les femmes de Rosheim étaient elles-aussi soumises à ce supplice.
On retrouve la mention de ce fait dans l'ouvrage commun à plusieurs auteurs "Rosheim - Douze siècles d'Histoire" où il est mentionné :
"Le maître en exercice et les conseillers semblent bien avoir connu de la plupart des causes pénales.
Les statuts en énumèrent un certain nombre, entre autres les rixes, les coups et blessures. Notons que les femmes coupables de calomnies étaient condamnées à traverser Rosheim d'un bout à l'autre, le dimanche, une lourde pierre au cou".

L'origine de cette sanction se trouve dans la loi de 1263 : "Loi contre les gens qui médisent des autres" :
 « ... Femme, qui dira lait à une autre femme, s'il est preuvé par témoignage de deux hommes ou de deux femmes, elle payera cinq solz, au seigneur quatre solz, au mayeur six deniers, et celle à laquelle elle aura dit lait six deniers. Et selle (si elle) ne veut payer l'argent, elle portera la pierre le dimanche à la procession en peure sa chemise (en pure chemise). Se (si) la femme dit lait à homme et s'il est prouvé par loyaulx témoignages, elle payera cinq solz, et se li homme dit lait à femme, il payera cinq solz, sans devise faire (sans faire de réclamation ; sans autre forme de procès). »

                          loi 1263.PNG

                                     (Extrait de « Notice historique sur le Klapperstein
                                     ou la pierre des mauvaises langues », parue en 1856. Auguste Stoeber)



À Mulhouse, la pierre existe toujours. Vous pouvez la voir suspendue par une chaîne en-dessous d'une fenêtre de l'Hôtel de Ville, en face de la rue Guillaume Tell.

Elle pèse environ douze kilogrammes, et représente une tête de femme grotesque qui ouvre de grands yeux écarquillés et tire la langue. Au-dessus de la chaîne qui la retient au mur se trouve l’inscription suivante :

 

Zum Klapperstein bin ich gennant,
Den boeszen Maeulern wohl bekannt,
Wer Lust zu Zank und Hader hat,
Der musz mich tragen durch die Stadt.

dont la traduction est la suivante :

Je suis nommée la pierre des bavards,
Bien connue des mauvaises langues ;
Quiconque prendra plaisir à la dispute et à la querelle
Me portera par la ville.


©Laetitia Paz-Pelletier 
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16/01/2017
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