La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

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Klingenthal, un village né d'une manufacture pionnière.

En Alsace s'écoule paisiblement l'Ehn, un petit ruisseau traversant une grande vallée.
En 1729, certains endroits déserts attendent de se transformer en villages. Lors de cette même année, Louis XV demande qu'on établisse une manufacture d'armes blanches dans le Royaume de France afin de ne plus dépendre de l'étranger pour l'approvisionnement de ses troupes. La création de cette manufacture est confiée à Bauyn d'Angervilliers, secrétaire d'état à la guerre, ancien intendant d'Alsace.


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                        ©Musée de la Manufacture d'Armes Blanches.


À Solingen, dans le duché de Berg, on produit des armes blanches depuis plusieurs siècles. L'Allemagne étant située à côté de l'Alsace, il paraît sans doute naturel d'implanter la première manufacture en Alsace.
Le 15 juillet 1730, le Roi accorde par lettre patente à un propriétaire de forges et spécialiste incontesté dans le domaine de la métallurgie, Jean-Henri d'Anthes (1670-1733), l'établissement d'une manufacture royale d'armes blanches.

Il reçoit l'autorisation « à fabriquer exclusivement à tous autres en Alsace, et exempté de toutes charges et impositions tant envers le Roi qu'envers les villes, communautés et seigneuries particulières, à la condition qu'il fournirait, dans sa manufacture, des armes blanches pour le service du Roi, à un dixième de moins que celles qui se vendraient à Solingen ». 

Le site sera implanté dans la vallée de l'Ehn, à sept kilomètres d'Obernai. Ce projet paraît bien ambitieux car la population régionale, composée essentiellement de vignerons, d'artisans et d'agriculteurs, n'a pas la moindre compétence en matière de fabrication d'armes.
Mais ce choix de lieu offre de beaux avantages. En effet, la vallée dispose de toutes les ressources nécessaires : des forêts pour le bois, des carrières pour le grès, la proximité du Rhin pour le transport de l'acier venant de Siegen et de l'arsenal de Strasbourg pour l'écoulement des armes et enfin, le dialecte alsacien pour faciliter le dialogue avec les ouvriers venus d'Allemagne.
Le cours d'eau est également indispensable pour fournir l'énergie à travers les moulins.
En dehors de la difficulté de former des ouvriers, il fallait également construire les ateliers et aménager le réseau hydraulique.
Le village de Klingenthal ( vallée des lames) voit alors le jour. 
Les dix premiers ouvriers sont débauchés sur le site de Solingen. Selon les informations, il s'agissait d'un graveur-doreur, d'un trempeur, d'affineurs, de forgeurs et d'aiguiseurs.

 


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                En rouge Klingenthal, signifiant vallée des lames, baptisée par les ouvriers eux-mêmes.


Une fois la construction achevée, la manufacture prospère alors très rapidement et dès 1731, elle emploie 25 ouvriers, tous originaires de Solingen.
Les méthodes de travail issues de Solingen sans cesse améliorées, ainsi qu'un système de contrôle exemplaire, donnent aux lames de Klingenthal une réputation remarquable.

Outre la construction des premiers bâtiments de la manufacture où le rez-de-chaussée est destiné à la fabrique et l'étage à l'habitant, petit à petit un village-manufacture s'étend à partir de petits ateliers répartis le long de l'Ehn sur 1500 mètres environ.
Avant 1730, il n'existait sur le site qu'un moulin qui sera transformé en martinet. Un réseau hydraulique complexe et original est mis en place : des prises d'eau (barrages) dévient une partie de l'eau dans des réservoirs et des canaux qui l'emmènent sur des roues à augets entraînant les martinets de forges et leurs soufflets, ainsi que les meules d'aiguiserie.
Les ateliers sont tous situés sur les canaux et non directement sur l'Ehn. Aux bâtiments, appartenant à la manufacture, s'ajoutent les maisons d'habitation privées.

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                                    Marteau à queue ou martinet 

Des ouvriers venus de communes environnantes et de régions plus éloignées commencent à arriver.
Voici quelques chiffres :
1730 : 10 ouvriers
1735 : 35 ouvriers
1787 : 208 ouvriers

Après la Révolution, l'Empire marque incontestablement l'apogée de la manufacture qui produit à cette époque ses plus belles armes blanches et emploie jusqu'à 679 ouvriers.
Ce n'est qu'en 1815, après la chute de l'Empire, que le déclin s'amorce : les guerres napoléoniennes, grandes consommatrices d'armes, sont terminées.
À cause de ce déclin, la manufacture de Châtellerault va sérieusement concurrencer celle de Klingenthal dès 1820.
La fermeture du site sonne trompette en 1830 pour devenir effective six ans plus tard. Le départ des familles, la misère et le chômage marquent la fin de la période de prospérité du village.

C'est lors de la mise aux enchères des bâtiments en 1838 que Julien Coulaux, entrepreneur de la manufacture royale depuis 1801 avec son frère Jacques, rachète les bâtiments et les ateliers pour en faire une entreprise privée.
Deux ans plus tard, en 1840, Charles-Louis Coulaux, fils de Julien Coulaux, introduit la production de faux et de faucilles.
L'entreprise fournit toute la France avec des modèles propres à chaque région, ainsi que de nombreux pays d'Europe et d'Amérique.

Le site de Klingenthal connaît alors à nouveau une période de prospérité et les commandes d'armes blanches pour le gouvernement reprennent.
L'entreprise Coulaux, en plus des sabres pour les officiers, fabrique aussi les sabres-baïonnettes pour les fusils Chassepot produits aux usines Coulaux à Mutzig.

C'est en 1962 que la manufacture d'armes blanches ferme définitivement ses portes.

Aujourd'hui la manufacture d'armes blanches continue à vivre en retraçant l'histoire du village grâce au musée créé dans l'ancienne école depuis 1995 par l'Association pour la sauvegarde du Klingenthal.
Ce lieu est un hommage à tous les ouvriers qui ont forgé les armes et présente toutes les techniques de fabrication d'armes blanches et de faux.
Son originalité réside dans la reconstitution d'une forge avec son soufflet, ses enclumes et son outillage qui permet au visiteur de se replonger dans l'atmosphère des ateliers d'autrefois.


Au cours de cette visite, il pourra parcourir les trois niveaux du musée et découvrira la méthode de fabrication d'une arme et le savoir-faire d'une dizaine de professions.
Il découvrira également un grand nombre d'outils de production retrouvés sur le site de Klingenthal.
Des photos anciennes et des panneaux explicatifs informent le visiteur et viennent compléter les diverses collections d'armes et de faux que possède le musée.
De nombreuses maquettes permettent également de comprendre le fonctionnement des martinets qui ont tous disparu.
Le musée possède aussi une belle collection d'armes choisies parmi les plus nombreux modèles.

La manufacture d'armes blanches de Klingenthal ouvrira ses portes au public dès le mois de mars, du mercredi au dimanche, ainsi que les jours fériés.

Horaires d'ouverture : de 14h à 18h.
Tarifs : 5 euro par adulte / 3 euro pour les enfants à partir de 8 ans.
Pour plus de détails :  http://www.klingenthal.fr/klingenthal_et_sa_manufacture.htm

Maison de la Manufactures d'Armes Blanches
2, rue de l'école
67530 Klingenthal


©Laetitia Paz-Pelletier
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24/01/2017
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