La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

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L'église Saint-Étienne de Rosheim en histoire.

La ville de Rosheim peut s’enorgueillir d’un riche passé où la période médiévale laisse encore de nombreux vestiges, mais également ses deux églises catholiques.
Si l’église Saints-Pierre-et-Paul est considérée comme étant le joyau de l’architecture romane en Alsace, l’église Saint-Étienne retient l’attention ou éveille au moins la curiosité grâce à son style néoclassique.
Elle est sans doute l’un des monuments les plus représentatifs de l’architecture alsacienne de la fin du XVIIIème siècle, que l’on doit à l’architecte Nicolas Salins de Montfort.

Construite à l’emplacement d’une église primitive de style roman datant du XIIème siècle, son imposante façade à colonnes doriques inspirée des temples de l’Antiquité gréco-romaine, accueille également les statues de Sainte Odile et Saint Arbogast.


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             ©Laetitia Paz-Pelletier


Construction du premier édifice.

C’est durant le Haut Moyen-Âge, au VIIIème siècle plus précisément, qu’à l’actuelle place de l’église Saint-Étienne est vraisemblablement érigée une chapelle privée sur des terres que possédait l’Abbaye Saint-Étienne, fondée en 717 par Adalbert, fils du Duc d’Alsace Étichon et frère de Sainte Odile.
Ces possessions lui sont confirmées par Childéric III, considéré comme le dernier membre régnant de la dynastie mérovingienne.
On retrouve une trace dans la charte de l’abbaye de Fulda de 778 en 801 et figurent en 1007 sur l’inventaire des propriétés de l’abbaye Saint-Étienne.
Les droits ci-dessus furent transférés au couvent de Saint-Pierre le Jeune de Strasbourg en 1137.

Ce n’est que durant le Moyen-Âge central, au XIème siècle, que l’église supérieure sera construite et dédiée à Saint-Étienne.
En 1137, « Le curé Eberhard et ses paroissiens abandonnèrent alors des terres au Grand Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg en échange d’une partie du domaine que celui-ci possédait à côté de l’église, afin de permettre un agrandissement de l’atrium. ». 1

Au XIIIème siècle, durant le Moyen-Âge central, un édifice de style roman tardif, improprement appelé style de transition, est construit. L’église est affiliée au Grand Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg le 10 novembre 1299 par l’évêque Frédéric Ier de Lichtenberg, qui lui cède les revenus de l’église Saint Etienne.

De l’église primitive romane devenue vétuste et exiguë et implantée perpendiculairement à l’édifice actuel, ne reste que la tour-chœur qui se retrouve intégrée dans l’angle Sud-Est de la nouvelle nef, orientée quant à elle Nord-Sud.
L’angle aigu formé par ses deux façades s’explique vraisemblablement par le fait que son pignon Est s’appuie sur les fondations du transept de l’église romane.
Une précision sur les dimensions du premier édifice est donnée par Roger Lehni : « L’édifice actuel est orienté vers le Sud, l’ancien l’était vers l’Est, et ne pouvait donc, en raison des maisons qui s’élevaient à l’Ouest, dépasser en longueur une vingtaine de mètres ». 

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           Plan chronologique de l’église Saint-Étienne actuelle.



           
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              ©Laetitia Paz-Pelletier

 

 

En février 1385, un incendie allumé accidentellement par un enfant parti chercher du feu chez un voisin, ravage la ville en faisant plus de quatre-vingts morts 2. Seules trente maisons sont sauvées des flammes.
Tout comme l’église Saints-Pierre-et-Paul, l’église Saint-Étienne n’est pas épargnée puisque le clocher, la charpente des tours et tout ce qui est en bois est brûlé.

Les archives communales permettent de confirmer ce tragique événement : « Dans l’édifice tout ce qui était en bois fut la proie des flammes, le clocher fut en partie détruit, même le pont en bois qui enjambait le fossé entourant la ville fut brûlé ».

La réparation de la toiture du clocher est nécessaire en 1571. Pour ce faire, une aide est demandée au Grand Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg, décimateur tenu d’entretenir le chœur de l’église et le presbytère.
Ce dernier est une nouvelle fois sollicité en 1624, deux ans après le sac de Mansfeld* dont les soldats avaient dévasté la ville et l’église. L’endroit est alors remeublé et les ornements volés par les soldats sont remplacés.
Lors de la visite canonique de 1666, la paroisse de Saint-Étienne comptait 600 âmes (1100 pour les deux paroisses).
*Voir article http://www.la-gazette-des-9.com/batard-vous-avez-dit-batard-le-sac-de-mansfeld

Durant toute cette longue période, la ville de Rosheim a connu beaucoup d’événements majeurs, voire tragiques qui auraient pu mettre en péril l’avenir de la cité.
On retiendra, parmi les faits historiques :

 

-  Les incendies de 1132 et 1385. 

-  La guerre des paysans (1524/1526). 

-  La Guerre de Trente Ans en 1618 qui manqua de peu de faire disparaitre la ville de Rosheim de la carte. 

-  Le sac de la ville par Ernest de Mansfeld en 1622. 

-  L’occupation suédoise (1631/1632) suivie par la période noire et le traité de Westphalie et l’annexion à la France.

 


Reconstruction.

Plus d’un siècle plus tard, une reconstruction de l’édifice est nécessaire. Avant de parler de cette reconstruction, il convient de préciser « qu’au XVIIIème  siècle les communautés d’Alsace - même celle comme Rosheim qui avaient été des villes libres d’Empire -  se trouvaient soumises à une tutelle administrative qui les empêchait de rien entreprendre d’important sans autorisation préalable de l’intendant.
Par ces implications financières, la reconstruction d’une église était l’une des affaires principales qui exigeât l’intervention du représentant de la royauté, intervention prescrite par l’Édit portant règlement pour les dettes des communautés, d’avril 1683, et l’Édit portant règlement pour la juridiction ecclésiastique, d’avril 1695 » 3.

C’est donc par ordonnance que Nicolas-Alexandre Salins de Montfort, architecte d’origine versaillaise et inspecteur des Bâtiments Publics de la Basse-Alsace, est chargé du projet par l’intendant du Roi.
Il est également chargé de reconstruire la résidence épiscopale du Cardinal de Rohan dont il établit les plans dès 1780.
Dans le procès-verbal de sa visite du 14 janvier 1781, Salins de Montfort reconnut que l’église était « dans un état de dépérissement à ne pouvoir être réparée qu’à très grands frais » et constata qu’elle était « trop petite pour contenir ses paroissiens dont, depuis 100 ans, le nombre s’est accru considérablement ».
En 1766, la ville de Rosheim comptait déjà 1879 habitants, pour atteindre 3355 habitants en 1800.
Il en dessine les plans qui sont achevés en mars 1781. Ceux du chœur sont signés par l’architecte du Grand Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg, François Pinot.
Le 17 Juin 1782, l’adjudication du projet est confiée au maître-maçon Maurice Engesser pour la somme de 29 000 Livres et le gros œuvre est réalisé d’août à novembre 1783.
Le second œuvre est quant à lui réalisé de novembre 1783 à mai 1786.
Le 22 Août 1786, lorsque Salins de Montfort réceptionne l’ouvrage, il constate des erreurs et des omissions.
Un très long conflit opposera d’ailleurs durant plusieurs années le magistrat de la ville à Engesser.

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                                           Symbole incrusté dans la première pierre posée en 1783.
                                               ©Laetitia Paz-Pelletier.



L’agencement intérieur de l’église (1787 – 1789).

L’agencement intérieur de l’église est confié à l’architecte sculpteur et ferronnier Jean-Baptiste Pertois par l’intendant.
On lui doit notamment le maître-autel, les quatre confessionnaux, la chaire à prêcher, la clôture du chœur, les autels retables latéraux et le tabernacle.

En ce qui concerne le décor intérieur, la monographie de Roger Lehni nous apprend que lors des travaux, « on avait omis l’architrave au-dessus des colonnes de la tribune » ainsi que « l’œil de la providence et les guirlandes de plâtre au sommet de l’arc de triomphe » alors qu’en effet, ceux-ci figurent sur la coupe transversale dessinée par Salins de Montfort.

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                ©Laetitia Paz-Pelletier


La période révolutionnaire.

L’église était à peine achevée qu’on entrait dans période révolutionnaire.
Le 26 mars 1789, le cahier de doléances dénonce le prix exorbitant des autels et autres aménagements de l’église.
La perte réelle est estimée à 13 000 Livres pour la ville de Rosheim et un conflit entre le magistrat de Rosheim et l’entrepreneur Engesser naît à cause du dépassement du coût des travaux.
La loi du 10 septembre 1792 ordonne la destruction des « signes extérieurs du fanatisme » : enlèvement des vases sacrés et des peintures des autels.
Les peintures et les autels sont brûlés le 1er décembre 1793 et remplacés par l’emblème de la Liberté.
Un autel à la patrie est érigé et l’église devient alors un temple de la Raison en application de la loi du 26 juin 1792 et du décret de l’Assemblée Législative prévoyant que ledit autel serait enlevé de toutes les communes et que la déclaration des droits y serait gravée avec l’inscription Le citoyen naît, vit et meurt pour la patrie.

L’ordonnance du 2 octobre 1793 précise que l’église autrefois appelée Saint-Étienne devenait salle de réunion pour les bourgeois du canton et s’appellerait désormais Temple du Décadi.

La tourmente révolutionnaire passée, l’édifice revient à sa destination première après rénovation. (On notera que les trois retables représentent aujourd’hui la lapidation de Saint Etienne, la nativité de la Vierge et Sainte Catherine).
À la suite d’un décret signé en 1803 par Napoléon Bonaparte, Saint-Étienne est promue paroisse principale en 1805.
L’abbé Jean-Baptiste Flueger en est le recteur.
C’est également en 1805 que l’on constate un fort affaissement des fondations ayant entraîné une lézarde dans l’angle Sud-Est de la nef (constat de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, M.  Fournet).
En 1807, on constate des lézardes sillonnant le mur Sud et plusieurs appuis de fenêtres rompus.

 


Dans son procès-verbal, l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, M. Reiner, constate : « Les funestes effets d’une cupidité stupide et désordonnée de la part de l’entrepreneur » et que « la cause de ces dégradations vient de l’excessive mauvaise foi qu’on a employée à exécuter les fondements qui non seulement n’ont pas assez de profondeur, ni assez d’empâtement, mais qui au dire de plusieurs particuliers dignes de foi qui ont vu construire cette belle église ont été négligés au point qu’on s’est contenté d’un très léger parement en moellons et que le reste du massif a été rempli par des brocailles et décombres des tailleurs de pierres qu’on y jetait par paniers et qu’on recouvrait d’un peu de mortier ».

Les désordres s’amplifient et en février 1823, une femme perd un bras suite à la chute d’un éclat de voussoir de l’arc triomphal.
On décide alors de démolir et de reconstruire l’ensemble de l’arc triomphal et la moitié du mur gouttereau Ouest.
Les travaux sont confiés à François Felter en 1825, qui avait déjà repris en sous-œuvre l’église de Weyersheim, construite elle aussi par Engesser sur les plans de Salins de Montfort.

En 1843, le clocher est modifié d'après le projet de Ringeisen : le beffroi est établi à la base de la flèche, où l'on ouvre quatre grandes lucarnes, ce qui permet aux cloches d'être implantées au-dessus du faîtage de l'église pour une meilleure diffusion du son.

 

Des travaux de rénovation intérieure sont entrepris en 1868/69. La sacristie actuelle, construite en 1873, est l'œuvre des architectes Albert Brion et Eugène Haug, plus connus pour être notamment les auteurs de la Maison Rouge à Strasbourg, démolie en 1973.

En 1874 l'ancien chœur roman est transformé en baptistère et béni.

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                                         ©Laetitia Paz-Pelletier


En 1897, les quarante-huit bancs de Jean-Baptiste Pertois sont remplacés par cinquante-deux nouveaux bancs, les mêmes qu'actuellement. À la même époque, les vitraux sont remplacés et un chemin de croix installé (livré en 1904). Enfin, de grands travaux sont menés en 1934, date à laquelle un plafond peint est commandé à Ehrismann, parmi six autres projets soumis à la Commission Diocésaine des Monuments Religieux.

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                                   ©Laetitia Paz-Pelletier

 

Pour Roger Lehni, "Peut-être est-ce au cours de ces travaux qu'on a été mal inspiré d'étendre le crépis par-dessus l'encadrement des fenêtres du chœur annulant ainsi l'un des rares effets de décoration voulu par Salins de Montfort, et qui méritait d'autant plus d'être respecté qu'il est assez rare dans les églises alsaciennes du XVIIIème siècle". Le plafond peint sera déposé quarante ans plus tard, lors des précédents grands travaux de rénovation intérieure.


C’est en 2016 que d’importants travaux de rénovation de l’église ont lieu.
Les abords de l’église côtés Est et Sud sont remaniés avec le réfection du parking et l’installation d’une rampe pour personnes à mobilité réduite.
L’intérieur bénéficie lui aussi d’une restauration de grande envergure.
Développer.

 

 

À noter : La tribune Nord accueille un orgue Stiehr et Mockers de 1860. Il remplace un orgue Silbermann de 1760 vendu à la paroisse d’Hessenheim.
L'église Saint-Étienne est classée monument historique depuis 1990.

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                       Orgue Stiehr et Mockers 1860. ©Laetitia Paz-Pelletier.
 

 

 

 

1. L’église Saint-Étienne par Roger Lehni. P. 4. Supplément de l’annuaire 1970 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Molsheim et environs. 

2. Daniel Specklin / Les collectannées.

3. L’église Saint-Étienne par Roger Lehni. P. 8. Supplément de l’annuaire 1970 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Molsheim et environs.


Sources :
1. L'église Saint-Étienne par Roger Lehni. Supplément de l’annuaire 1970 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Molsheim et environs.
2. Rosheim, douze siècle d'histoire. Divers auteurs dont Alphonse Troestler.

3. Rosheim nous conte par Jeanne Gleizes-Bobin.
4. Affichache expo Communauté de paroisses de Rosheim.
5. Rosheim, XIIe et XIIIe siècles. Charles Laurent Salch, Centre d'Archéologie Médiévale de Strasbourg.

©Laetitia Paz-Pelletier



 



20/04/2017
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