La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

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Klimt ou la tendresse du baiser.

Des mains qui s'étreignent et s'enlacent, des lèvres qui se cherchent, des corps qui s'unissent sur un tapis de fleurs, le baiser de Gustav Klimt symbolise l'union d'un homme et d'une femme, la communion des corps dans une étreinte amoureuse.

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En les voyant ainsi s'aimer, il semblerait presque indécent de s'en approcher pour mieux en étudier les détails.
Comme si en s'avançant vers la toile, le curieux, l'admirateur, venait troubler ce moment d'amour intense aux couleurs astrales.

L'artiste, inspiré par les couleurs byzantines de Ravenne qu'il découvre en 1903 lors de son voyage en Italie, marque l'apogée de sa période dorée avec cette oeuvre.
Une oeuvre qui traverse le temps, presque universelle par sa symbolique et le thème choisi, celui de l'amour.

Difficile pour l'amateur ou le spécialiste de rester insensible à ce baiser, cette étreinte, gravée sur une toile pour l'éternité.
Nombreuses sont les études et les interprétations de ce tableau. Allant de l'explication psychologique de l'oeuvre à l'interprétation phallique, du message subliminal à l'explication biologique, pourquoi ne pas simplement envisager la vision de ce couple comme un instant d'amour immortalisé dans le temps ?

Pourquoi ne pas admirer ses couleurs, ses formes, et ce qu'il représente véritablement ? La tendresse, l'union d'un homme et d'une femme, le rapprochement érotique ou amoureux.
Parce que c'est bien tout cela qu'il représente. Peut-être est-ce tout simplement la vision personnelle de la perfection amoureuse que Gustav Klimt a voulu traduire ici.
À trop vouloir analyser une oeuvre on en oublie l'essentiel. On oublie de la voir, de la ressentir, de l'admirer, de la contempler ou de la vivre.

Effaçons de nos mémoires nos études, nos idées, nos envies d'explications rationnelles devant une oeuvre d'art et mettons-nous un instant à la place d'un enfant qui n'utilise bien souvent que ses yeux et son coeur pour regarder une oeuvre.

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Un homme enlace tendrement une femme. Blottie contre lui, elle s'abandonne à l'étreinte, les yeux clos et l'épaule dénudée.
Il saisit délicatement son visage et pose ses lèvres sur sa joue rosie. Leurs deux corps drapés de tissus lumineux se fondent l'un contre l'autre pour ne former plus qu'un, agenouillés sur un lit de fleurs qui semble avoir poussé sous leurs pieds, comme s'il formait le berceau de cet amour qu'ils se donnent et la lumière astrale qui enveloppe ces deux êtres et qui semblerait vouloir bénir cette union.

Tous deux gardiens de la fusion des corps et de l'amour partagé, le secret de l'instant présent ne sera pas dévoilé.
Personne ne saura jamais si leurs corps allaient s'aimer ou si ce baiser était un adieu.

En observant de plus près le mot étreinte, on se rend compte qu'en inversant ses lettres, il nous offre l'éternité.
Peut-être que Gustav Klimt avait deviné l'anagramme pour la traduire aussi bien avec ce baiser.
Laissons ce couple s'aimer sur un extrait de La mort des amants de Charles Baudelaire :

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, 

Des divans profonds comme des tombeaux, 

Et d'étranges fleurs sur des étagères, 

Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

 

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, 

Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux, 

Qui réfléchiront leurs doubles lumières 

Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

 

 

 

© Laetitia Paz-Pelletier.

 



 



08/01/2016
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