La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

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Conférence à Boersch - Le début de la Grande Guerre.

Vendredi 16 octobre, la Société d’Histoire de Boersch-Klingenthal-Saint-Léonard donnera une conférence intitulée "Le début de la Grande Guerre (août 1914-septembre 1915)", selon l'original du journal de Charles Spindler (1865-1938) à l'occasion des 150 ans de sa naissance (Illustrations rares provenant des archives Spindler), dirigée par l'historien Jean-Marie Gyss.
Elle sera donnée dans la Salle des Fêtes, située rue du Moulin à Boersch, à 20 h 15.

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L'artiste Charles Spindler, dont nous commémorons cette année le 150ème anniversaire de la naissance, n'a pas seulement été un marqueteur réputé et un concepteur de meubles Art nouveau qui a obtenu des récompenses internationales : Paris (1900), Turin (1902), Saint-Louis aux États-Unis (1904), etc. Il a aussi tenu régulièrement un journal pendant la Première Guerre mondiale, publié en 1925 et réédité en 2008 sous le titre L'Alsace pendant la guerre. Le manuscrit original, que nous évoquerons, est évidemment plus complet et comporte environ trois fois plus de mots que le livre. Pour l'historien Nicolas Stoskopf, cette source est « un document historique de premier ordre et un grand texte de la littérature alsacienne au XXème siècle…, de bout en bout passionnant. » La conférence évoquera la première année du conflit mondial (août 1914-septembre 1915).

Plusieurs problématiques peuvent être dégagées de cette étude et seront développées.

  • l'issue de la guerre. Si Charles Spindler, pacifiste convaincu, ne croit pas en un déclenchement des hostilités à la fin du mois de juillet 1914, il est obligé d'en prendre acte et pense même, mi-août, que les Français libéreront l'Alsace prochainement. Les opérations militaires défavorables à la France provoquent un profond pessimisme fin août : celle-ci n'est-elle pas en train de perdre et quel sera le sort réservé à la double culture, allemande et française, en Alsace. Après la bataille de la Marne, il est conscient que la guerre, plus mécanisée et industrielle qu'en 1870, sera longue et indécise.
  • les horreurs et destructions de la guerre commises par les Allemands. Il est évidemment sensible à la perte irrémédiable d'œuvres artistiques : incendie de la bibliothèque de Louvain, bombardement de la cathédrale de Reims. Mais aussi à l'incendie de Saint-Maurice dans le Val de Villé et aux exécutions sommaires de civils comme celle de trois otages innocents à Gertwiller.
  • la dictature militaire allemande qui a remplacé le pouvoir civil. Les Alsaciens sont souvent fustigés et accusés de trahison. Ils répondent par un humour caustique et grinçant. Par exemple, constatant l'arrêt de l'avancée allemande, ils inventent un nom fictif de localité française (Warteville) à partir de l'alsacien Wart e will (Attends un peu !).
  • les conditions de vie quotidienne qui se dégradent : réquisitions, perquisitions, cantonnements de troupes avec pillage et saccage de villas appartenant à des personnes francophiles (Saint-Léonard, Ottrott...).


Certes, et cela lui a été reproché, la francophilie de l'auteur est patente dans ce journal. Les nombreux témoignages recueillis dans toutes les catégories sociales privilégient peut-être les sentiments profonds de l'auteur. Il n'empêche que le revirement en faveur de la France, progressivement observé chez un nombre de plus en plus important de personnes, encore renforcé par l'annonce des soldats tués au combat (et pour quelle cause ?), a été constaté dans de nombreux travaux historiques. 

Ce journal, écrit en un français recherché, truffé de témoignages cités en allemand, voire en alsacien, est unique par son ampleur et son intérêt pour qui veut mieux comprendre la situation et l'opinion publique en Alsace en 1914-1915.

Texte de Jean-Marie Gyss

 



15/10/2015
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