La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

La Gazette des 9, le journal de Rosheim et du Piémont des Vosges

Bâtard, vous avez dit bâtard ? Le sac de Rosheim par Mansfeld.

La petite ville de Rosheim a traversé, au fil des siècles, de nombreux épisodes historiques marquants. Celui qui retiendra notre attention aujourd'hui se situe en 1622, durant la Guerre de Trente Ans (1618/1648).
C'est durant cette année que le Comte Ernst Von Mansfeld fera trembler la cité avant de la mettre à sac, laissant derrière lui de nombreux morts, de lourds dégâts matériels et financiers et un traumatisme certain.

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La Guerre de Trente Ans découle de plusieurs facteurs entraînant une série de conflits armés. D'ampleur européenne, son origine était d'ordre religieux par la lutte entre le catholicisme et le protestantisme mais également politique, par l'affrontement entre féodalité et absolutisme.
La défenestration de Prague *, le 23 mai 1618, en est l'élément déclencheur.
Les catholiques, dirigés par les Habsbourg, sont soutenus par le Duc Maximilien de Bavière. Les protestants quant à eux le sont par l'électeur palatin du Rhin Frédéric V.

En 1619, à la mort de Mathias 1er de Habsbourg, Empereur du Saint Empire, Roi de Bohême et Roi de Hongrie, Frédéric V, surnommé Der Winterkönig (le roi d'un hiver) accepte la couronne royale de Bohême, après la destitution de Ferdinand II, cousin et successeur de Mathias 1er.
En 1620, le général Tilly, chef de l'armée catholique, met en échec le Palatin le 8 novembre à la bataille de la Montagne Blanche près de Prague et pousse Frédéric V à se replier dans le Palatinat.



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                             Oeuvre réalisée par Pieter Snayers, collection nationale de peintures, Bavière.
                                Bataille de la Montagne Blanche.

                


L'Alsace n'a pas été épargnée par ce terrible épisode historique où les combats commencèrent en 1621.
C'est ici qu'intervient le Comte Ernst Von Mansfeld. Né en 1580, il est le fils illégitime de Peter Ernst 1er Von Mansfeld, gouverneur du Luxembourg et de Bruxelles. Il est élevé dans la foi catholique.
Il entre dans la carrière des armes et combat tout d'abord en Hongrie auprès de son demi-frère Charles (1543-1595), officier supérieur de l'armée du Saint-Empire Romain-Germanique.
Il sert également aux Pays-Bas
 l'archiduc Léopold, frère de l'empereur. Il est légitimé par l'empereur Rodolphe II pour ses états de services.
Cependant, une promesse non-tenue (il fut privé de l'héritage de son père aux Pays-Bas) le fit passer dans le rang des ennemis des Habsbourg
 par intérêts personnels en 1610.

En 1619, Ernst Von Mansfeld est battu par l’armée impériale, et propose ses services à l’empereur. Il reste un moment sans missions, jusqu’à ce que Frédéric V, qui se replie sur le Haut-Palatinat, lui offre le commandement de son armée.
En 1621 il cherche à se créer un territoire en Alsace. Il envahit dans un premier temps le nord de la région (Haguenau, Wissembourg, Saverne) avant d'exiger 100 000 florins à la ville de Rosheim le 15 janvier 1622, sous peine de la brûler.
Grâce à l'intervention de quelques interlocuteurs strasbourgeois en faveur de la ville de Rosheim, l'affaire en reste là et Mansfeld s'en retourne au Palatinat.

À la fin du mois de juin 1622, il revient en Alsace accompagné de l'électeur palatin Frédéric V et d'une armée de 30 000 hommes totalement affamés.
Début juillet, il menace la ville d'Obernai qui capitule après avoir résisté à peine quelques jours.
Toujours début juillet, il s'en prend à Rosheim, exigeant de la ville qu'elle lui fournisse 60 000 miches de pain et le versement de 50 000 Reichsthaler.
Une fois encore, le conseil de la ville s'adresse à Strasbourg pour tenter une médiation et de négocier avec Mansfeld en argumentant que la ville était trop pauvre pour lui donner ce qu'il exigeait, en vain.

Malgré les négociations de reddition entre le magistrat de la ville et les officiers de Mansfled, où certaines conditions furent acceptées, comme le versement de la somme de 25 000 Reichsthaler, le 8 juillet aux aurores, Ernst Von Mansfeld prend d'assaut Rosheim avec son armée et tire 84 coups de canon sur la ville en un seul jour (les remparts de la cité érigés au Moyen-Âge sont alors trop obsolètes pour être efficaces contre l'assaillant).
Ce dernier ayant très moyennement apprécié qu'on lui résiste n'a pas supporté l'insulte des villageois qui, sommés de se rendre, avaient traités Mansfeld de bâtard.

Cent cinquante personnes périrent, femmes et enfants compris, des dizaines de maisons furent brûlées et la ville fut entièrement pillée.
D'après un récit du père Louis Laguille, les faits sont plus précis : "Ceux de Rosheim ayant été accusés d’avoir dit que Mansfeld était un bâtard, furent si barbarement punis qu’on les fit tous passer au fil de l’épée, sans distinction d’âge, ni de sexe : on n’épargna pas même les enfants qui étaient au berceau. Et après avoir enlevé tout ce qu’on put de cette misérable ville, on mit le feu partout."
Histoire de la province d’Alsace, Livre IX. 1727

 

Comme le versement des 25 000 Reichsthaler promis par le magistrat de Rosheim ne put être honoré, le colonel Philipp Von Der Lipp fit prendre des notables en otages. Parmi ces derniers, deux d'entre eux promirent d'aller à Strasbourg afin de réunir la somme demandée et disparurent dans la nature.
Le colonel Von der Lipp baissa la rançon à 2000 Reichsthaler que les autres otages se proposèrent de réunir. Quand cette somme fut enfin rassemblée, Mansfeld avait déjà quitté l'Alsace définitivement.

 

Entre temps, toujours habités pas leur lancée destructrice, Mansfeld et ses hommes continuent de sévir avec autant de barbarie (Viols, pillages, tortures, mises à feu) dans les villages avoisinants comme Boersch, Saint-Léonard, Bischoffsheim ou encore Ottrott. Ils pillent également le monastère de Sainte-Odile et endommagent le tombeau de la Sainte. Le monastère d'Andlau est lui aussi pillé et les religieuses sont violées.

Suite au départ de Mansfeld, la ville de Rosheim se retrouva dans l'insécurité, ruinée et très profondément marquée par cette terrifiante tragédie durant des décennies.


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                         Photographie de Monsieur Pierre Bertrand, président d'Alsace Culture et Patrimoine,
                         avec son aimable autorisation de reproduction.


Cette plaque, anciennement scellée dans le mur d'enceinte situé près de la Porte de la Vierge fait état des événements.
Il est écrit : "En l’an 1622, le vendredi 8 juillet, le Comte de Mansfeld a bombardé la ville avec 84 karthaunen, et s’en est emparé par la ruse. Il a beaucoup accepté et peu tenu".
Lorsqu'on voulut la retirer du mur d'enceinte, cette dernière se brisa et fût remplacée par une copie visible aujourd'hui au premier étage de la mairie de Rosheim.


*  Défenestration de PragueActe de violence commis au château de Prague le 23 mai 1618, contre les gouverneurs impériaux ; deux d'entre eux, Martinic et Slawata, sont précipités d'une fenêtre par les protestants des états de Bohême dont l'empereur Mathias a violé les droits religieux concédés par la lettre de majesté. Les victimes ont la vie sauve, mais la défenestration de Prague a de profondes répercussions. En politique intérieure, le gouvernement et l'administration passent aux mains des états, qui installent à Prague un collège de trente directeurs (dix pour chaque état) ; le comte de Thurn a la charge des troupes ; les Jésuites sont expulsés. En politique allemande, la révolte de Bohême s'ajoute aux tensions existant entre l'Union Évangélique, qui hésite à s'engager, et la Sainte Ligue catholique, qui prend nettement position aux côtés des empereurs Mathias d'abord, Ferdinand II ensuite. En politique extérieure, l'impression est profonde dans les différents États européens. Incident localisé, spectaculaire, violent, la défenestration de Prague fut la cause immédiate de la Guerre de Trente Ans.
Georges LIVET, « PRAGUE DÉFENESTRATION DE (1618)  », Encyclopædia Universalis.


©Laetitia Paz-Pelletier
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10/01/2017
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